I.Le Marché mondial de la drogue repose sur une économie souterraine

B.L’argent de la drogue provient essentiellement du blanchiment



 

  Tout d’abord, l’argent issu du trafic de drogues, provenant d’une économie souterraine et parallèle, n’est pas présentable sous son état d’origine. Il doit suivre un processus qui va permettre sa réinsertion   dans les circuits financiers : c’est le processus de blanchiement. Cette technique prit de l’ampleur dans les années soixante-dix, lorsque les ventes de drogues ont permis aux grandes organisations criminelles de l’époque de se procurer des ressources. Depuis, les réseaux de blanchiement ont vu leur efficacité augmenter. En effet, ces derniers relient entre eux les intervenants ou les territoires entre lesquels circulent les capitaux à blanchir. Ils permettent de dissimuler l’existence, la provenance et l’origine de ces capitaux et sont utilisés pour l’infiltration du système économique et
financier légal.

Il existe plusieurs techniques de blanchiement, plus ou moins connues et efficaces. La méthode de base consiste en un dépôt d’argent liquide dans une succursale d’une banque internationale. Le risque encouru est ici l’arrestation du passeur, soit la personne ayant déposé la somme d’argent, ou la perte de l’argent déposé. La méthode complémentaire, dite du « smurfing » revient à diviser la somme d’argent initiale en de multiples sommes d’argents dont le montant est inférieur au seuil de déclaration obligatoire, afin de faciliter la transaction. La méthode des virements éléctroniques, dite du « layering » consiste elle, en une répartition de la somme d’argent sur de nombreux comptes dans un délai bref.

Au cours de l’Histoire, et plus précisément au Moyen-âge, on retrouve des techniques similaires. En effet, à cause de l’interdiction du prêt par l’Eglise Catholique et pour camoufler la véritable origine des sommes perçues, les marchands et banquiers réduisaient les commissions de changes, présentaient les intérêts perçus comme des primes de risque ou encore créaient des sociétés fictives.

Ces stratégies mises en œuvre par les organisations criminelles liées au trafic de drogue ont pour principal but l’appropriation de ressources. Sans le processus de blanchiement, les criminels ne pourraient pas réinvestir et utiliser leur revenu illégal dans le système financier légal sans être repéré. Les réseaux du blanchiement sont dits clandestins car ils ont pour objectif l’infiltration des fonds d’origine illégale dans l’économie légale. Ces derniers sont parcourus par des flux d’argent, d’une part financiers car composés de capitaux et d’autre part informationnels, car servant à la transmission d’informations entre les différents acteurs du blanchiement.

 

argentinterpol.jpgArgent blanchi, intercepté par Interpol, alors qu'il était envoyé vers l'Algérie.

 

Les différentes étapes de la transformation du produit, jusqu’au blanchiement, créent une plus-value, c'est-à-dire l’escalade des profits. Effectivement, le prix de production est parfois multiplié par 1000 voir 2500 pour arriver au prix de vente, ce qui constitue une forme de rémunération très efficace pour les organisations criminelles.

Cette activité s’est fortement développée depuis quelques années. En 1998 et selon le Fond Monétaire International, la quantité d’argent blanchi représentait entre 2 et 5% du Produit National Brut mondial, soit entre 2 et 5% de la production annuelle de la planète en 1998. Cette estimation est encore valable aujourd’hui, voir supérieure, car les réseaux de blanchiement se sont améliorés. Elle est en train de se banaliser, voir de devenir un véritable métier pour les utilisateurs de services financiers. Au départ, le but n’était que d’infiltrer les institutions financières et les entreprises locales, tandis que durant la période actuelle, les organisations criminelles ont pour objectif l’intégration de l’argent sale dans le système économique et financier mondial. Le blanchiement n’est plus réellement une activité clandestine car les fonds issus de ce processus circulent dans le système économique mondial dans les mêmes conditions que les autres capitaux.

 

Les réseaux de blanchiement se sont progressivement déployés dans un nombre croissant de pays. L’efficacité et la complexité de certains de ces réseaux permet à des organisations criminelles de s’implanter dans les structures d’un Etat à un niveau suffisant pour influer sur les décisions de hauts responsables politiques. On peut par conséquent se trouver dans une situation de quasi-contrôle d’un Etat par une organisation criminelle basée sur le trafic de drogue, en dépit des efforts réalisés par différents pays.

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